Publié le 1 juin 2026 | Par Arame Ndiaye – Journaliste société & histoire (Namfiyo)

À l’occasion des 100 ans de l’ancien président Abdoulaye Wade, des témoignages refont surface sur sa trajectoire exceptionnelle. Celui de Jean Matar Ndiaye, ancien chef de cour à la prison de Rebeuss, met en lumière une popularité impressionnante, y compris durant ses périodes de détention.

Alors que le Sénégal célèbre le centenaire d’Abdoulaye Wade, figure majeure de la vie politique nationale, certains souvenirs ressurgissent pour raconter l’homme derrière le leader. Parmi eux, le témoignage de Jean Matar Ndiaye, ancien agent pénitentiaire aujourd’hui à la retraite, offre un éclairage rare sur une période marquée par les tensions politiques.

Une popularité difficile à contenir

Chargé de la sécurité à la prison de Rebeuss, Jean Matar Ndiaye garde en mémoire une réalité marquante : l’ampleur exceptionnelle du soutien populaire dont bénéficiait Abdoulaye Wade, même derrière les barreaux.

« On ne pouvait pas mesurer sa popularité », confie-t-il. À chaque extraction pour une audition ou un procès, les foules affluaient massivement aux abords des lieux, obligeant les forces de l’ordre à mobiliser des dispositifs impressionnants.

Les préparatifs de ces déplacements devenaient alors de véritables opérations stratégiques, souvent menées pendant de longues heures, parfois toute la nuit.

Des scènes spectaculaires lors des transferts

L’ancien chef de cour se souvient notamment d’un transfert depuis le parquet du Cap Manuel. Escorté par plusieurs véhicules policiers, Abdoulaye Wade devait rejoindre la prison sous haute surveillance.

Mais à hauteur de l’hôpital Le Dantec, la progression devient extrêmement difficile. Une foule dense occupait la chaussée, rendant le passage presque impossible.

« Il y avait des gens allongés sur la route, comme un tapis humain », raconte-t-il.

Face à cette situation, les forces de sécurité ont été contraintes de modifier leur itinéraire pour éviter des débordements.

Un homme discipliné en détention

Au-delà de ces scènes impressionnantes, Jean Matar Ndiaye retient également l’attitude de Abdoulaye Wade en détention.

Selon lui, l’ancien opposant faisait preuve d’une discipline rigoureuse, consacrant l’essentiel de son temps à la lecture et à l’écriture.

« Je ne l’ai presque jamais vu inactif », affirme-t-il, soulignant sa constance et sa détermination, même dans l’adversité.

Un exemple de résilience

L’ancien agent pénitentiaire décrit Abdoulaye Wade comme un homme digne, respectueux des règles et animé par une forte capacité de résilience.

Pour lui, cette attitude pourrait inspirer les jeunes générations, tant sur le plan de l’engagement que de la persévérance.

Il estime même que certains aspects de ce parcours mériteraient d’être davantage valorisés dans les enseignements scolaires.

Une période marquée par les tensions politiques

Ces événements s’inscrivent dans un contexte difficile, notamment après les élections de 1988, qui ont été suivies de troubles politiques et d’arrestations de figures de l’opposition.

Abdoulaye Wade, alors leader du Parti démocratique sénégalais (PDS), avait été arrêté avec plusieurs de ses partisans, renforçant son image de combattant politique auprès d’une grande partie de la population.

Un héritage qui dépasse les générations

Ce témoignage, à l’occasion du centenaire de Abdoulaye Wade, illustre l’impact durable de son engagement politique sur la société sénégalaise.

Au-delà de ses réalisations, c’est aussi la relation particulière qu’il a su construire avec le peuple qui reste gravée dans les mémoires.

Cette dimension humaine contribue à expliquer pourquoi, des décennies plus tard, « Gorgui » demeure une figure centrale de l’histoire politique du Sénégal.

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