Publié le 21 juillet 2026 • Par Ndiaye Mamadou – Analyste géopolitique & sécurité (Namfiyo)

Selon la FAO, 645 millions de personnes ont encore souffert de la faim dans le monde en 2024. Malgré une amélioration par rapport aux années marquées par la pandémie de COVID-19, les conflits, les chocs climatiques et les tensions sur les marchés agricoles continuent de menacer la sécurité alimentaire mondiale. L'Afrique demeure la région la plus touchée.

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Après plusieurs années de crises sanitaires, économiques et géopolitiques, la faim mondiale montre un léger recul. Mais derrière cette amélioration statistique se cachent des disparités importantes entre régions.

Alors que plusieurs pays asiatiques ont réussi à réduire considérablement la sous-alimentation, l’Afrique continue de faire face à des défis structurels qui freinent sa sécurité alimentaire.

⚠️ Question centrale : pourquoi la faim recule-t-elle à l’échelle mondiale alors que des millions d’Africains restent exposés à une insécurité alimentaire chronique ?

Une amélioration mondiale encore fragile

D’après les données de la FAO, environ 645 millions de personnes ont souffert de la faim en 2024, soit 7,8 % de la population mondiale.

Ce chiffre reste inférieur aux 688 millions enregistrés après les chocs provoqués par la pandémie.

Pour l'organisation onusienne, cette évolution démontre que les systèmes alimentaires ont montré une certaine résilience face aux crises successives.

Toutefois, le niveau observé demeure supérieur à celui enregistré avant la COVID-19.

Le centre mondial de la faim se déplace vers l’Afrique

La situation est particulièrement préoccupante sur le continent africain.

Près de 20 % de la population africaine souffre aujourd’hui de sous-alimentation chronique.

Selon les projections des Nations unies, plus de la moitié des personnes sous-alimentées dans le monde vivront en Afrique à l’horizon 2030.

Cette évolution confirme un changement majeur dans la géographie mondiale de la faim.

  • croissance démographique rapide
  • vulnérabilité climatique élevée
  • conflits armés persistants
  • faibles rendements agricoles
  • dépendance aux importations alimentaires

Des conflits qui aggravent la crise alimentaire

La faim est étroitement liée aux crises sécuritaires.

Des pays comme le Soudan, la République démocratique du Congo ou plusieurs États du Sahel sont confrontés à une combinaison de conflits et de difficultés économiques.

Dans de nombreuses régions, les populations ne peuvent plus accéder à leurs terres agricoles ou perdent leurs moyens de subsistance.

Cette situation réduit la production locale et augmente la dépendance à l’aide internationale.

Le climat, autre menace majeure

Les phénomènes climatiques extrêmes pèsent lourdement sur les récoltes mondiales.

La FAO surveille notamment les conséquences potentielles du phénomène El Niño dans plusieurs régions agricoles stratégiques.

  • Afrique de l’Est
  • Inde
  • Afrique australe
  • corridor sec d’Amérique latine

Des récoltes insuffisantes pourraient provoquer une nouvelle hausse des prix alimentaires internationaux.

Une alimentation saine reste inaccessible pour des milliards de personnes

Au-delà de la faim, l’insécurité alimentaire touche une part beaucoup plus large de l’humanité.

Près de 2,1 milliards de personnes vivent dans une situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère.

Par ailleurs, 2,69 milliards d’individus ne peuvent pas s’offrir une alimentation saine et équilibrée.

Le coût de ce type d’alimentation a augmenté d’environ 25 % au cours des cinq dernières années.

Le paradoxe mondial : faim et obésité progressent simultanément

L’un des enseignements majeurs du rapport est le contraste entre sous-nutrition et surpoids.

Alors que 150 millions d’enfants souffrent encore de retards de croissance, l’obésité continue d’augmenter dans de nombreux pays.

  • 16,2 % des adultes étaient obèses en 2024
  • 18,6 % pourraient l’être d’ici 2030

Cette double charge nutritionnelle représente un défi important pour les systèmes de santé.

Quels enjeux pour le Sénégal ?

Même si le Sénégal a réalisé des progrès dans plusieurs filières agricoles, il reste exposé aux fluctuations des marchés internationaux.

Une hausse mondiale des prix des céréales, des engrais ou du transport pourrait avoir des répercussions directes sur les ménages sénégalais.

  • augmentation du coût de la vie
  • pression sur les importations alimentaires
  • risques pour les populations vulnérables
  • besoin accru d’investissements agricoles

Le développement de la souveraineté alimentaire apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique.

Quels enjeux pour l’Afrique ?

Pour le continent, l’objectif dépasse la simple réduction de la faim.

Il s’agit également de renforcer la résilience économique, sociale et politique.

Les investissements dans l’irrigation, les infrastructures rurales, les chaînes de transformation et la recherche agricole pourraient permettre d'améliorer durablement la production locale.

L’intégration régionale et le commerce intra-africain constituent également des leviers importants.

Gagnants et perdants

Cette évolution mondiale produit des effets contrastés.

  • Gagnants : les pays ayant renforcé leur productivité agricole et leurs systèmes alimentaires.
  • Gagnants : les économies capables d’assurer une plus grande autonomie alimentaire.
  • Perdants : les États fragilisés par les conflits armés.
  • Perdants : les populations dépendantes des importations et des aides humanitaires.

Une bataille loin d’être terminée

La FAO, le Programme alimentaire mondial et plusieurs ONG alertent sur les risques liés aux crises actuelles.

Les tensions géopolitiques, les événements climatiques et la réduction de certaines aides internationales pourraient remettre en cause les progrès enregistrés.

Plusieurs organisations humanitaires signalent déjà une augmentation des besoins dans certaines zones de crise.

Verdict : la faim mondiale recule lentement, mais les progrès restent fragiles. L’Afrique demeure le principal front de la lutte contre l’insécurité alimentaire mondiale.

La baisse du nombre de personnes souffrant de la faim constitue un signal encourageant.
Mais les conflits et le changement climatique continuent de menacer les avancées obtenues.
L’Afrique devra renforcer sa capacité de production alimentaire pour éviter une aggravation future.
La coopération internationale reste indispensable pour protéger les pays les plus vulnérables.

Une question stratégique pour l’avenir du continent

Le rapport de la FAO met en évidence un défi majeur pour les prochaines décennies : nourrir une population africaine en forte croissance tout en faisant face aux effets du changement climatique et aux crises sécuritaires.

Pour le Sénégal comme pour l’ensemble de l’Afrique, la question alimentaire ne relève plus uniquement des politiques agricoles. Elle concerne également la stabilité économique, la sécurité nationale et la souveraineté stratégique.

La manière dont les États africains répondront à ces défis déterminera largement leur trajectoire de développement dans les années à venir.

▶ Débat : L’Afrique doit-elle accélérer sa souveraineté alimentaire ou continuer à s’appuyer sur les marchés internationaux pour garantir son approvisionnement ?

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